Lunugnaga - La maison de Geoffrey Bawa au Sri Lanka

Introduction

Ce mois-ci, nous laissons la plume à Pauline, l’une de nos dessinatrices et cheffe de projet, récemment revenue d’un voyage au Sri Lanka. Dans ses bagages : des photos, des souvenirs… et la découverte d’un lieu hors du commun — la maison de Geoffrey Bawa, à Lunuganga. Un article pour rappeler que l’inspiration architecturale se trouve parfois à des milliers de kilomètres de nos tables à dessin.

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Lunuganga
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Aujourd’hui, on sort du cadre formel pour un peu plus de légèreté. Après de longues semaines chargées au travail, il est parfois nécessaire de faire des coupures qui peuvent être enrichissantes dans nos métiers. Voir, découvrir ce qu'il se passe ailleurs  

Pauline, l’une de nos dessinatrices, est rentrée d’un voyage au Sri Lanka avec dans les bagages une découverte inattendue : Lunuganga, la maison de l’architecte Geoffrey Bawa. Une architecture sans façade spectaculaire, pensée pour se vivre plutôt que se voir — et un rappel que l’observation est au cœur de notre métier.


BAWA

C’est à des milliers de kilomètres de mon environnement, lors d’un voyage au Sri Lanka pendant mes dernières vacances, que j’ai fait une découverte inattendue. 

Dans cet article, j’ai envie de partager cette découverte : La maison de Geoffrey Bawa proche de Bentota à Lunuganga sur la côte ouest du Sri lanka, à quelques heures de Colombo. 

Geoffrey Bawa : l’architecte qui a fait dialoguer la nature et l’habitat 

BAWA
Geoffrey Bawa

Sur la côte sud-ouest du Sri Lanka, entre lagune et océan, se cache une œuvre presque mythique : la maison de Geoffrey Bawa. Plus qu’une résidence, c’est un manifeste architectural, une expérience sensorielle, et sans doute l’un des plus beaux exemples du modernisme tropical. 

Geoffrey Bawa (1919–2003) est considéré comme l’un des architectes les plus influents d’Asie. Formé en Europe, mais profondément ancré dans son île natale, il invente un langage architectural unique.

Acquise en 1949, cette ancienne plantation devient son laboratoire architectural pendant près de 50 ans.  

La découverte se fait ainsi : La route s’efface doucement sous les cocotiers. L’air devient plus lourd, chargé d’humidité et de sel. Quelque part, invisible derrière une végétation dense, se cache la maison. On y arrive presque comme on entre dans un secret.  

Dès l’entrée, quelque chose change. Il n’y a pas de façade spectaculaire, pas de perspective grandiose qui s’impose immédiatement. À la place, un chemin. Puis un autre. Une ouverture, presque discrète. On avance sans vraiment savoir où regarder, et c’est exactement le but. 

Bawa ne voulait pas que l’on voit — il voulait que l’on découvre. 

Son principe ? Créer une architecture qui respire avec son environnement, ses bâtiments ne dominent pas la nature : ils s’y fondent. Des espaces ouverts, une ventilation naturelle, une continuité entre intérieur et extérieur, une omniprésence du paysage  

La maison s’étend sur un domaine de plus de 10 hectares, les jardins sont scénographiés comme des tableaux, les perspectives soigneusement orchestrées.  

L’architecture devient une promenade, les limites entre intérieur et extérieur disparaissent : les murs s’effacent, les toits flottent, la végétation pénètre les espaces. 

Une architecture sans façade 

Contrairement aux architectures modernistes occidentales, Lunuganga ne repose pas sur une façade iconique ou un geste formel fort. 

Le projet se développe par séquences : murs bas qui guident le regard, seuils successifs, cadrages précis sur le paysage. Le plan compte plus que l’élévation. 

Matérialité : sobriété  

Lunuganga privilégie une palette de matériaux volontairement restreinte : enduits blancs ou neutres, bois sombre, pierre locale, sols minéraux. Cette sobriété permet de mettre en valeur la lumière, de renforcer les contrastes ombre / clarté, de laisser la végétation jouer un rôle central. Le détail n’est jamais ostentatoire. Il est précis, silencieux, presque effacé.

 

Une œuvre devenue expérience 

Aujourd’hui, Lunuganga est accessible au public et transformée en maison d’hôtes. 

Il y a un moment, en repartant, où l’on se retourne une dernière fois — non pas pour regarder la maison — elle est déjà cachée, mais pour essayer de comprendre ce qui vient de se passer. Lunuganga ne se visite pas comme un monument, elle se vit comme une expérience. 

On en ressort avec une sensation étrange : celle d’avoir été, pendant quelques heures, en parfaite harmonie avec un lieu. 

Habiter un lieu, semble nous dire Bawa, c’est d’abord apprendre à le regarder.


Chez SKALS, c’est aussi ce qu’on essaie de faire à notre échelle : prendre le temps de regarder, avant de dessiner. Merci Pauline pour ce beau partage — et pour avoir ramené un peu de Bawa dans l’atelier.

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Notre proverbe du jour

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Avant de dessiner, il faut apprendre à regarder.
Auteur
Sagesse SKALS, à notre échelle