L'IA va-t-elle remplacer notre métier ?

Introduction

Aujourd'hui, un billet différent de nos articles habituels. On va parler de plans — mais aussi du monde tel qu'il évolue. C'est une réflexion en cours, nourrie par des faits récents. Elle évoluera certainement dans le temps.

Image
Image
IA
Catégorie
Texte

Depuis quelques jours, trois choses se sont télescopées.

Une interview d'Elon Musk dans un podcast, où il affirme que l'IA et la robotique vont créer une telle abondance que l'épargne pour la retraite deviendra inutile. Revenu universel infini, fin du travail tel qu'on le connaît. Pour être franc : je n'y crois pas — j'ai beaucoup de mal à croire que l'objectif de Musk dans le monde soit vraiment de générer de l'abondance pour tous … mais c'est un autre sujet!

Un contact professionnel, expert en stratégie digitale, qui m'a appelé cette semaine. Il voit son métier s'éteindre d'ici cinq ans. Comme une bonne partie de ce que font les avocats, comme une bonne partie de ce que font les comptables, m'a-t-il dit. Il voit ça avec une lucidité tranquille : il va falloir se réinventer, ouvrir de nouveaux domaines. Mais le constat est posé.

Et puis, plus près de nous : dans nos locaux en Bretagne, l'entreprise qui tondait la pelouse a été remplacée par un robot tondeuse, et c'est un choix qui peut se comprendre. Rien d'extraordinaire en apparence. Mais un exemple de plus que la substitution n'est pas abstraite — le monde évolue sous nos yeux.

Alors la question s'est imposée : et notre métier, dans tout ça ?

ROBOT DESSINATEUR

 

Ce que l'IA fait déjà chez Skals

On n'attend pas que la question soit tranchée pour agir. Depuis quelque temps, on intègre des outils qui changent concrètement notre façon de travailler.

Le premier : un outil de transcription de réunions. Il enregistre les visios, produit un résumé, prépare les emails avec le compte rendu, liste les tâches à traiter. Et surtout, il permet de retrouver une information précise mentionnée en réunion — une hauteur de plinthe, l'épaisseur d'un matériau, une contrainte technique évoquée en passant — sans avoir à éplucher des notes : il suffit de lui poser la question : "Sur le dossier XYZ, quelle hauteur de plinthe avait demandé le client ? Il a bien dit que c'était en bois et qu'il la voulait de 12mm ?" La réponse est quasi instantanée. C'est pratique, c'est même, parfois, un peu magique. On garde quand même le bloc-notes. L'IA s'ajoute, elle ne remplace pas tout.

Le deuxième : notre vault Obsidian, qui structure depuis plusieurs années la gestion de Skals — projets, prospection, communication. C'est un système que j'ai mis en place car aucun dans le commerce ne me convenait, qui soit à la fois un CRM et un outil de pilotage. L'IA lui a donné une dimension nouvelle. On peut désormais interagir avec lui, l'interroger, naviguer dans l'information. Où en est-on avec tel prospect ? Quel était le contexte de tel projet ? Quelle est la date de rendu prévue ? Qui va être disponible dans le planning à tel moment ? Le vault est devenu, d'une certaine façon, le cerveau de Skals. Il n'y a que la comptabilité qu'on ne lui a pas encore déléguée.

Ces outils font gagner du temps. Ils permettent de rester concentré sur ce qui compte.

 

Ce qu'elle ne fait pas

Notre métier, c'est de la production technique : plans, DCE, détails de fabrication. Des documents précis, rigoureux, qui servent à partager un projet entre tous les intervenants, du client aux artisans. On modélise, on concrétise, on traduit en plan les idées de nos clients. On pourrait imaginer qu'une IA puisse le faire un jour directement.

Peut-être. Mais pas encore, et pas sans conditions.

Ce qu'on fait chez Skals, ce n'est pas seulement dessiner. C'est lire un APS et comprendre un projet, comprendre ce que le concepteur n'a pas dit explicitement. C'est anticiper ce qui va poser un problème sur chantier avant que ça arrive. C'est du jugement, construit sur l'expérience de projets qui ne se ressemblent jamais.

Le rapport humain compte aussi. Un architecte d'intérieur qui confie un projet à Skals ne cherche pas seulement un fichier AutoCAD bien construit. Il cherche quelqu'un qui comprend ses standards, ses contraintes, son client. Cette relation-là, elle se construit dans le temps. Elle ne se génère pas.

L'IA travaille par probabilité statistique : le mot le plus probable après tel groupe de mots. Mais un plan technique, ce n'est pas du langage probable. Un trait a une raison d'être précise — son épaisseur, son type (plein, pointillé, fin), sa position. L'IA ne comprend pas vraiment un texte — on aurait tendance à le croire, mais elle n'a pas de lien avec le monde réel. Alors comprendre un plan… Ce niveau de lecture, d'explication, de justification, on le garde encore.


Allons, soyons francs : cet article est lui-même "assisté par l'IA". (Ce qui est amusant quand on y pense — au début de l'informatique, on parlait de "dessin assisté par ordinateur". On y est, mais pour l'écriture.)

Assisté, pas délégué. Les idées sont les miennes, je les écris, je les dicte, je les agence. C'est un ping-pong : je donne la matière, l'IA structure, je reprends, je corrige et j'écris la version finale. Le résultat est ce que j'avais en tête — avec un soin de formulation qui m'aurait demandé des heures seul.

 

Alors, inquiets ?

Honnêtement : un peu. Le monde change vite, et notre secteur ne sera pas épargné.

Mais on ne croit pas au discours qui consiste à dire que l'IA n'est qu'un outil comme un autre qu'il suffit d'apprendre à maitriser. Ce serait trop simple. Elle est en train de redessiner des métiers entiers — le contact qui m'a appelé cette semaine en est un exemple vivant.

Ce qu'on croit, en revanche, c'est que la créativité, l'inventivité, et la capacité à s'impliquer vraiment dans un projet ne s'automatisent pas facilement. Certains projets avec des budgets serrés, des niveaux de complexité "standard", pourront être délégués à l'IA. Mais pour des projets touchants, réfléchis avec une âme, il faudra faire appel à des humains. Chaque projet qu'on touche est différent. C'est ce qui nous intéresse dans notre travail.

On n'a pas toutes les réponses. Ce billet en est la preuve.

L'IA me dit d'ajouter un "call to action" — le classique "et vous, qu'en pensez-vous ?" — Mais les formulations proposées sont vraiment trop stéréotypées. Je suis pourtant sincèrement intéressé par l'échange sur ce sujet : n'hésitez pas à nous répondre par mail ou sur LinkedIn.

Proverbe

Notre proverbe du jour

Proverbe
Proverbe
Les ordinateurs sont inutiles. Ils ne peuvent que donner des réponses
Auteur
Pablo Picasso